En voiture avec Jean-Pierre Jeunet pour le N°5

Le réalisateur multicésarisé Jean-Pierre Jeunet vient de terminer le montage de Train de nuit. Avec Audrey Tautou et le plus célèbre parfum de Chanel dans les rôles principaux.

En voiture avec Jean-Pierre Jeunet pour le N°5

 

 

C'est une tradition chez Chanel: le mariage des grands noms du cinéma et du parfum le plus célèbre au monde. Si Louis Malle et François Truffaut ont décliné l'honneur, les films de Ridley Scott, Jean-Paul Goude, Luc Besson ou Baz Luhrmann sont restés dans les mémoires. A son tour, l'auteur du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain et d'Un long dimanche de fiançailles signe donc un nouveau court-métrage autour du N° 5. Deux minutes trente de jubilation poétique et de perfection technique que l'on pourra voir sur les écrans dès le 5 mai.

Un auteur

«Lorsque la maison m'a appelé, j'étais justement en disponibilité. C'était à la fois l'occasion de clore la trilogie que j'avais promise à Audrey et de me frotter à nouveau au genre publicitaire, que j'aime beaucoup. De plus, le brief se résumant à trois mots : mystère, frisson, émotion, j'avais carte blanche pour construire ce que je souhaitais, à ma guise. Ni directeur artistique venant me dicter mon travail ni scénario imposé, mais mon équipe habituelle, à laquelle je suis très attaché. Le tout avec des moyens impressionnants. Bref, l'équivalent d'un film court, entièrement financé par Chanel. Comment dire non?»

Une histoire

Une femme monte dans un train (on reconnaît l'Orient-Express) et s'installe dans son wagon-lit. Dans le couloir, un homme la frôle. Il est enivré par son odeur, par sa nuque ; elle, par son regard, son magnétisme. Chassés-croisés du désir : ils se cherchent et ne cessent de se perdre. Arrivée à destination (Istanbul), la belle se promène, fait des photos (on la suppose reporter) et désespère de jamais retrouver l'inconnu. Son parfum, le N° 5 of course, heureusement les sauvera. L'homme en reconnaîtra le sillage, au moment même où elle s'apprête à prendre son train de retour. Enlacement, double C, clap de fin.

Une atmosphère

«J'aime beaucoup les trains. Surtout les trains de nuit. Ils sont magiques, suspendus hors du temps. Ayant en tête mon idée de film intime, nocturne, l'Orient-Express allait de soi. Mais c'était tout un binz de tourner dans le vrai. Avec Aline Bonetto, ma chef décoratrice, nous avons donc reconstruit le nôtre, à l'identique, avec les marqueteries, le cabinet de toilette en porcelaine ancienne, les décors de Lalique. Mais, pour les scènes en extérieur, on a transporté un authentique Paris-Simplon dans la montagne au-dessus de Nice. Au total on a tourné trois semaines, dont une pleine à Istanbul, ville chaotique s'il en est. Sans compter les essais lumière, les repérages, le montage...»

Un parfum

«Avant cette rencontre avec Chanel, j'avoue ne m'être jamais vraiment intéressé au parfum. Je n'aimais que les odeurs simples: les gares désaffectées, une scierie, l'herbe après la pluie. C'était donc un vrai défi: faire passer l'immatériel, donner à voir l'invisible. Plutôt que la citation trop évidente, j'ai préféré travailler sur l'ombre du flacon dansant dans la lumière du train. Une ombre de nuit, mouvante, obsédante, mystérieuse. Et pourtant si identifiable: le N° 5. Une star mondiale.»

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